Depuis quelques années maintenant, on entend parler des FabLabs. Mais c’est quoi un FabLab ?

La réponse qui est habituellement donnée (et qu’on trouve dans le Petit Robert) est la suivante : un fablab (fabrication laboratory) est un « laboratoire de fabrication », un atelier mettant à la disposition du public des outils de fabrication d’objets assistés par ordinateur.

Cette définition est vraie mais, je trouve, en partie incomplète. Je vais donc vous donner une autre définition qui me semble plus juste :

FABLABS n.m pluriel (mot anglais, de fabulous laboratorieslaboratoires fabuleux”) anglic. Lieux entre autre équipés d’outils de prototypage et de fabrication numérique. Ouverts à tous, ils proposent de venir apprendre, créer “presque tout et n’importe quoi” et partager. Les FabLabs invitent au “Do It with Others” (fais-le avec les autres) et permettent de prototyper d’autres modèles de production, de rapport au travail, d’organisation ou encore d’éducation. Ils contribuent à réinventer la société.

La caractéristique principale des FabLabs est leur « ouverture ». En effet, ils s’adressent à tous les publics : aux entrepreneurs, aux designers, aux artistes, aux bricoleurs, aux étudiants et aux hackers en tout genre. L’intérêt principal est de passer plus rapidement de la phase de concept à la phase de prototypage.

Les fablabs forment un réseau, initié par Neil Gershenfeld à la fin des années 1990, et nous donnent la possibilité de fabriquer, d’expérimenter afin de rendre nos idées réelles et concrètes. Ils constituent aussi un espace de rencontre et de création collaborative qui permet, entre autres, de fabriquer des objets uniques : objets décoratifs, objets de remplacement, prothèses, outils, mais également de transformer ou réparer des objets de la vie courante.

Pour être appelé FabLab par la FabFoundation,  un atelier de fabrication doit respecter la charte des FabLabs, mise en place par le MIT (Massachusetts Institute of Technology). Sans le respect de la charte, on parlera plutôt de MakerSpace.

L’une des machines-outils qui a rendu célèbre le concept de FabLab est l’imprimante 3D. Basé sur une technologie pourtant ancienne (le premier brevet de « fabrication additive » datant de 1984), c’est à partir de 2006 que les imprimantes 3D commencent une nouvelle vie, notamment grâce au projet RepRap, visant à créer une imprimante auto-réplicative (c’est à dire capable d’imprimer des pièces servant à fabriquer d’autres imprimantes) et libre (sans brevet et dont les plans sont disponibles pour tout le monde). Cette technologie a néanmoins progressé car il est maintenant possible d’imprimer des maisons. Certes, elles ne sont pas entièrement fonctionnelles car seule la charpente est construite, et nous sommes encore au stade de prototype, mais il existe déjà 15 modèles dans le monde capables d’une telle prouesse.

L’enjeu reste cependant important car l’impression 3D de maisons permet un gain de temps et d’argent important (il divise par 3 le prix du mètre carré de mur) par rapport aux constructions traditionnelles. Il est aussi possible de fabriquer des maisons avec des matériaux écologiques et recyclables.

Le FabLab de Rennes a notamment permis à Nicolas Huchet de fabriquer une prothèse de main (à l’aide d’une imprimante 3D et de différents capteurs), réduisant drastiquement les coûts de fabrication. Une prothèse dite « polydigitale » coûte autour de 40 000 euros, alors qu’un modèle open-source fabriqué dans le FabLab s’approche des 50 euros, modèle que l’on peut ensuite adapter et perfectionner, ce qu’à fait Nicolas Huchet. Son premier prototype ne lui a couté que 300 euros.

Il a depuis lancé son association « My human kit »qui vise à développer la fabrication d’aides techniques destinées à compenser le handicap. Il a été désigné par le MIT comme faisant partie des 10 français les plus innovants dans le domaine social.

On trouve de nombreuses autres machines dans les FabLabs : la découpe laser (pour graver, couper du bois, du plexiglas, etc), la découpe vinyle (pour travailler le papier ou des feuilles plastifiées autocollantes), la fraiseuse CNC, la brodeuse numérique, de l’outillage traditionnel (marteau, scie, tournevis), du matériel électronique (carte Arduino ou Raspberry Pi), et évidemment des ordinateurs  avec les logiciels pour contrôler toutes ces machines.

L’autre intérêt du FabLab est d’apprendre en faisant, en étant accompagné aussi bien par les animateurs sur place (qu’on appelle des « facilitateurs ») que par la communauté de ce tiers-lieu. Alors que l’arrivée d’Internet et du numérique a bouleversé la distribution traditionnelle, l’émergence des FabLabs révolutionne de son côté l’industrie et la production.

Il y a sûrement un FabLab près de chez vous. Vous pouvez retrouver ici la liste des FabLabs dans le monde.

 

Pour creuser le sujet, n’hésitez pas à vous référez à différents ouvrages :

  • Fablab – la révolution est en marche
  • Makers – la nouvelle révolution industrielle
  • L’âge du faire – hacking, travail, anarchie

Audric Gueidan